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La carrière souterraine d’Aubigny ouvre 16 salles sur 2 000 ans d’extraction

Solène Cléroux 7 min de lecture
Entrée de la carrière souterraine d'Aubigny, galeries de la pierre de Forterre, 2 000 ans d'extraction

À Aubigny, hameau de Taingy dans l’Yonne, une ancienne carrière de calcaire se visite comme un site patrimonial vivant. Les galeries permettent de comprendre l’origine de la pierre de Forterre, les techniques des carriers et l’usage de cette roche dans plusieurs grands édifices français. La visite associe découverte historique, observation des traces d’extraction et activités adaptées aux familles, aux scolaires et aux groupes.

Un patrimoine souterrain dans les Hauts de Forterre

La carrière se situe dans les Hauts de Forterre, entre Puisaye et Bourgogne, sur le territoire de Taingy. Cette ancienne exploitation de calcaire blanc, compact et à grain fin est connue sous le nom de pierre de Forterre. Son exploitation aurait commencé il y a environ 2 000 ans et s’est poursuivie jusqu’en 1940. Le site a ensuite changé de vocation avec son ouverture au public en 1992.

Les visiteurs parcourent un espace creusé directement dans le banc de pierre. La carrière compte seize salles et couvre 1,5 hectare. Ces volumes correspondent aux zones où les blocs ont été extraits. Ils conservent des piliers de soutien, des fronts de taille et des marques laissées par les ouvriers. Environ un cinquième du gisement aurait été exploité, ce qui permet de mesurer l’ampleur de la ressource présente sous le paysage.

Pourquoi extraire la pierre sous terre ?

Le choix d’une exploitation souterraine répondait à la géologie du site et aux qualités recherchées. Le banc calcaire s’est formé il y a environ 150 millions d’années. À l’abri, la pierre conservait son humidité naturelle avant l’extraction. Une fois exposée à l’air, sa surface forme progressivement un calcin, une couche protectrice qui contribue à sa résistance, notamment face au gel. Cette évolution explique l’intérêt des bâtisseurs pour un calcaire clair, fin et durable.

Les traces visibles sur les parois donnent des indications sur la direction des coups, la largeur des blocs recherchés et la circulation des ouvriers. Elles montrent que la carrière était un chantier organisé, avec des zones de découpe, de manutention et d’éclairage. En observant le relief des parois, on comprend mieux le travail nécessaire pour extraire un bloc et le faire sortir de la galerie. La visite prend alors la forme d’une lecture concrète du travail des carriers.

Lire les galeries à travers les gestes des carriers

L’extraction de la pierre à Aubigny reposait sur des techniques manuelles, sans moyens mécaniques modernes. Les carriers devaient isoler le bloc dans la masse rocheuse, le détacher sans le fendre, puis le déplacer hors de la zone de coupe. Chaque outil répondait à un usage précis. La réussite dépendait de la connaissance de la pierre et de la maîtrise du geste.

Localiser la carrière souterraine d’Aubigny

De la lance au coin de bois, détacher le bloc

Les ouvriers utilisaient notamment des lances et des aiguilles de carrier pour tracer la pierre et amorcer la séparation. Des coins de bois sec étaient ensuite introduits dans les entailles. En travaillant avec précision, ils contribuaient à détacher le bloc. L’arrière de celui-ci était scié avec une scie dite « crocodile », également appelée « croco de carrier ».

Une fois extrait, le bloc, parfois appelé blot, devait encore être déplacé. Des rouleaux de fer facilitaient son déplacement. Un treuil appelé « crapaud », installé sur un fardier, servait à la manutention. Des chandelles permettaient d’amortir les chutes. L’éclairage a également évolué, avec des lampes à huile, puis des lampes à acétylène introduites vers 1830. Ces outils rendent l’activité plus concrète qu’une simple évocation du métier de tailleur de pierre.

De Taingy aux grands monuments, le destin de la pierre de Forterre

La carrière d’Aubigny raconte l’histoire d’un village, mais aussi celle d’une pierre utilisée sur des chantiers importants. La pierre de Forterre a été recherchée pour sa teinte claire et son grain fin. Elle relie le patrimoine local à l’architecture religieuse, civile et monumentale.

Édifice associé Repère historique Ce qu’il illustre
Opéra Garnier, Paris Inauguré en 1875 L’emploi de pierres sélectionnées pour l’architecture parisienne
Hôtel de Ville de Paris Reconstruit après l’incendie de 1871 La continuité des approvisionnements pour de grands chantiers publics
Cathédrale Saint-Étienne d’Auxerre Construite à partir du XIIe siècle L’ancrage régional de la pierre dans l’architecture religieuse
Cathédrale Saint-Étienne de Sens Première partie du XIIe siècle La place du calcaire local dans les grands édifices bourguignons
Piliers de la Tour Eiffel Blocs extraits en 1886 mentionnés Le lien entre carrière et infrastructure emblématique

Ces références donnent une autre perspective à la visite. Devant une paroi marquée par les outils, il devient possible d’imaginer le trajet d’un bloc, du front de taille jusqu’à un chantier, puis son intégration à un monument. La carrière relie ainsi la matière brute, le savoir-faire artisanal et le patrimoine architectural. Elle ne se limite pas à un lieu à observer : elle permet de suivre les étapes qui transforment une roche en élément de construction.

Visite, parcours ludique et ateliers pour plusieurs publics

La découverte des galeries convient aux visiteurs intéressés par le patrimoine, aux familles et aux groupes. Selon les modalités proposées, le parcours peut être libre, commenté, immersif ou complété par un parcours numérique. La durée annoncée se situe généralement entre 60 minutes et 1 heure 30, selon la formule choisie et le rythme de découverte.

Une expérience accessible aux familles et aux scolaires

Les enfants sont accueillis à partir de 3 ans selon la fiche touristique. Le caractère souterrain du site, les outils anciens et le volume des salles suscitent la curiosité sans demander de connaissances particulières. Un parcours immersif et ludique, ainsi que des contenus numériques, peuvent rendre la visite plus active pour les jeunes visiteurs. Les scolaires disposent de fiches pédagogiques et de prestations dédiées pour aborder l’histoire locale, les matériaux et les métiers de la pierre.

Mettre la main à la pierre

Les ateliers de taille de pierre prolongent la découverte des galeries. Ils sont proposés aux enfants, aux familles, aux adultes, aux scolaires et aux groupes selon la programmation. L’activité permet de ressentir la résistance du calcaire, de comprendre l’importance de l’angle de frappe et d’observer la précision nécessaire pour obtenir une forme régulière. Le tarif annoncé pour l’atelier est de 7,50 €.

Préparer sa venue, horaires, tarifs et précautions

Les informations de visite varient selon la saison. Il est donc préférable de les vérifier avant le départ, notamment pour un jour férié, un atelier ou une visite de groupe. Pour la période annoncée du 1er avril au 1er novembre 2026, la carrière est ouverte selon le calendrier suivant :

Période Jours et horaires annoncés
Avril, mai, juin, septembre et octobre Du mardi au samedi, de 10 h à 12 h et de 14 h 30 à 18 h 30 ; dimanches et jours fériés de 14 h 30 à 18 h 30
Juillet et août Du lundi au samedi, de 10 h à 18 h 30
Groupes Toute l’année, sur réservation

Le tarif adulte annoncé est de 9,50 €. Celui des enfants de 6 à 16 ans est de 6,50 €. Pour une sortie confortable, prévoyez des chaussures stables adaptées à un parcours souterrain et une couche supplémentaire. La sensation thermique dans les galeries peut différer de la météo extérieure. Le site dispose notamment d’un parking, d’une aire de pique-nique et d’une boutique.

Pour les groupes, les ateliers et les besoins d’accessibilité PMR, un contact préalable permet de vérifier les conditions d’accueil. Il en va de même pour les langues proposées, les animaux et les moyens de paiement. Les visites de groupe sont possibles toute l’année sur réservation. Cette vérification est particulièrement utile lorsque la sortie comprend un atelier ou un parcours destiné à un public scolaire.

Solène Cléroux

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